Mercredi 24 mars 2004 : Milford sound.
GMTFr : +12H 45° sud 171° est météo : sec puis pluies abondantes
Milford sound, un des fjords du sud ouest de l’île du sud, c’est tout un concept. Route qui part de Te Anau à travers lacs puis gorges au petit matin, tunnel à travers la montagne, pour arriver, avant 10h00, au pied des bateaux qui vous emmènent faire le tour du fjord. On peut aussi choisir un avion, parmi la vingtaine qui attendent le touriste venu pour le fameux scenic flight. Soleil, mais ni pluie ni neige. Nous en profitons à 100%. Grand bateau, petit bateau, coque bleue ou blanche, c’est exactement le même tour pour tout le monde, dans le sens des aiguilles d’une montre pour tous le monde. Le sound est très beau, un petit goût de Norvège. Grandes montagnes qui tombent dans la mer, eau grise ou noire, cascades, arcs en ciel, roche veinée de jade (c’est ici que, depuis leur arrivée en NZ, les maoris viennent le chercher), plans de montagnes qui se superposent, phare de la pointe sur la mer de Tasmanie, attention quelques vagues à l’extérieur, otaries, parois verticales de plusieurs centaines de mètres, sol à l’aller, sombra au retour. Choupie n’est pas fan de ces endroits imposants et inhospitaliers, mais c’est très beau, bien propre sur soi. Il y en a mille dans le même genre tout près de chez nous, en Europe du nord, qu’on n’est pas allé pas voir. Tout comme en Europe, en petit, mais tout sous le même toit. C’est le concept supermarché NZ. Loin de l’hypermarché ou de la moyenne surface spécialisée.
La longue route ensuite. Milford sound est un cul de sac, une heure et demi de virages derrière les bus pour revenir à Te Anau où nous prenons la décision, sur les conseils d’une Allemande qui en arrive, d’aller à Christchurch par la côte est, pas par le centre. Notre prochaine étape, la péninsule d’Otago. Route droite, c’est déjà un plus, puis déluge de pluie, c’est un gros moins. Les heures s’écoulent sous la pluie, ce n’est pas cool. La nuit arrive, la pluie cesse. Souvent, depuis notre arrivée, nous avons eu de belles nuits étoilées et de fameuses journées de pluie. Ce doit être le décalage horaire. Quand on arrive de Milford sound à Dunedin après 550 km de nationale 1960, on pense qu’on est arrivé à la péninsule. C’est une erreur. Reste la jolie mais minuscule et sinueuse route qui suit très exactement le contour de la côte, rocher après rocher. Le coin a l’air joli de nuit, pour les records de vitesse, mieux vaut le désert de sel. Le camping non sauvage, n’est pas sauvage. La douche bruine-économique vaporise une eau qui ne réchauffe pas tout le corps en même temps. Fourberie anglaise qui rappelle le mauvais temps dans un pays qui ne manque pas vraiment d’eau.
La phrase du jour : « Garance couche-toi ! » Choupie à Poupounette qui rigole. « Sois plus sèche ! ». Chris. « Mais je ne peux pas, je suis à fond là ! » Choupie.
Jeudi 25 mars 2004 : la jolie péninsule d’Otago.
GMTFr : +12H 43° sud 173° est météo : beau temps toute la journée
En colonie, difficile de partir avant 9h30 du matin. Nous continuons notre jolie avancée au bord de l’eau, vers le bout de la péninsule, la réserve des albatros et celle des pingouins. Il fait beau, la lumière est belle, il n’y a pas de vent. Profitons-en. Pour les albatros, il faut attendre une demi-heure avant d’aller voir une colonie de quelques individus, avec commentaire d’une heure. Nous poussons jusqu’au sommet du cap pour les pingouins à œil jaune, les seuls au monde. La vue d’en haut est superbe. La balade démarre tout de suite à travers la lande sur un petit engin kaki de la taille d’une voiture de golf, au look de char guerrier amphibie découvert, à 8 roues motrices. Juste la place pour notre famille, nous partons pour un tour privé dans une réserve privée.
La péninsule est située au bout de la ville de Dunedin, qui, comme son nom l’indique, a été le lieu d’installation des Ecossais. C’est peut-être pour ça que les gens sont plus sympathiques ici. Terminée par une petite colline, la péninsule est superbe. D’en haut, la vue est splendide. L’engin nous amène, dans un bruit de ferraille infernale, jusqu’au point dominant d’où l’on voit le pacifique, les falaises de la côte est vers le nord, les plages de sable encaissée en dessous de nous vers le sud, la baie de Dunedin derrière. Avec le temps qu’il fait aujourd’hui, c’est vraiment très beau. Les jours de tempête cela doit aussi valoir la peine de prendre l’engin pour dévaler, à travers les étroits chemins de sable, la plus grande montagne russe du monde, de 199 mètres d’altitude à 5 mètres. Maud, assise devant, est au premier rang, Julia rit, Félix est concentré sur son rêve, Garance essaie d’identifier cette nouvelle sensation en se demandant si elle doit la ranger du côté bonnes ou mauvaises. Nous stoppons devant les otaries que plus rien n’effraie. Au bord de l’eau, les bébés otaries à fourrure s’entraînent, dans les flaques de marée basse, à pêcher des bouts d’algues en apprenant à nager comme leurs parents. Belles vagues bien formées, nous sommes du côté Pacifique, rochers sombres, laminaires foncées aux reflets noirs. Les enfants parlent aux otaries, Garance donne des explications dans sa langue toujours aussi prolixe et incompréhensible. Quelques tours X 16 roues plus loin, voilà les pingouins à yeux jaunes. Ces animaux ont du goût, magnifique plage. Ils ont aussi du savoir vivre, ils ne s’installent qu’à une distance conséquente les uns des autres, ce qui évite les problèmes de voisinage mais restreint leur population. 5.000 pingouins à yeux jaunes seulement dans le monde, tous sur les plages de Nouvelle Zélande, île du sud, sud de la côte est. Nous apercevons trois spécimens, de loin. A la jumelle, on distingue les plumes jaunes autour de l’œil, sans les déranger. Retour au lodge de départ entre vues, moutons, poussière et bruit. Un très bon souvenir.
Dans la redescente, nous laissons définitivement tomber les albatros. Nous aurions pu passer deux ou trois jours de beau temps sur la péninsule, dans son ambiance relax et douce, loin de l’armée de Cesnas qui survolent l’autoroute Milford sound. Ici, il nous restait les albatros bien sûr, mais aussi la deuxième réserve de pingouins, les plages sauvages, le seul château de NZ, la croisière en bateau autour de la péninsule… Un spot agréable et encore dans son bon jus local. De nouveau le long de petite bande goudronnée de bord de mer, marée basse, huîtriers noirs en nombre, mouettes bien rangées becs face à la brise, otaries de passage. La vie douce.
Un beaucoup (inverse de un peu, merci au relecteur de ne pas corriger) de route pour un arrêt fish and chips mémorable avec au choix : poissons divers indéterminés, morue, poulet, coquilles saint Jacques, calamars, huîtres (en saison seulement), frites, tous trempés dans la même pâte à beignets, frits dans le même bain. Un sommet de gastronomie huileuse, mais nos coquilles saint Jacques molles ont donné un bon goût aux frites de purée congelée. Fort heureusement, ils ont enfin arrêté d’appeler « ça » des French fries ! L’arrêt Boulders nous fait digérer et coupe un peu la longue route. Boulders, boulets dans notre langue ? Enormes pierres rondes, de un à deux mètres de diamètre, posées ou enfoncées partiellement dans le sable. L’avenir du site est assuré par les boulders incrustés dans la dune. Curiosité géologique, perles géantes de sable devenu roche sous la pression, compositions semi-géométriques modernes de bord de mer. La lumière grise sur mer grise est de circonstance. Photo couleur en black and white.
Et puis la très longue route encore. Une nationale 7 de fin de Rhône, droite, qui passe à travers les quelques villes et tous les villages. Parfois la mer à droite, mais rarement, parfois des camions, devant, mais souvent. Nous croisons moins de camper-vans par ici, car la route touristique qui remonte vers le nord passe à travers les montagnes, vers de nouveaux lacs et le mont Cook que nous avons souvent frôlé et toujours pas vu. L’arlésienne du scenic flight aurait peut-être été possible aujourd’hui, mais ce sera pour une autre lointaine fois. Les enfants jouent tranquillement à la cabane sous la table du camper, un jeu d’extérieur adapté par eux à la route fastidieuse. Nous continuons vers Christchurch, son match de super 12 samedi soir, les baleines ou les dauphins à Hokitika, peut-être, si nous trouvons de la place, la presqu’île de Banks, ce soir.
Ne demandez jamais votre route à une kiwi. Elle vous fera faire 15 mn de marche arrière inutile pour rejoindre une station service BP, alors qu’il y a une Mobil sur votre route à quelques km devant. Son fils travaille chez BP ? Encore une albionne perfidie. Une demi-heure de perdue, ça c’est cartésien. Ne demandez jamais votre route à une tribu d’autres kiwis, elles tentent de vous faire perdre 45 mn sur un trajet d’une heure. Mais prévenus, nous prenons la route opposée à celle indiquée et pouvons manger et dormir à Akaroa. 21h00, le début de la nuit ici, bonne ambiance dans les pubs. On ne peut plus manger, mais on peut jouer au billard ou aux machines à sous.
Une journée de fond de rayon tdm. Beaucoup de route, quelques happenings, une bonne journée de fond de rayon NZ.
La phrase du jour : « Le problème avec Garance c’est qu’elle est jamais sur off. » Félix.
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