Lac Baïkal sur le GROM

J007 Jeudi 13 septembre 2012  Lac Baïkal : le Départ   GMT+8   soleil

Départ difficile. Tous les départs sont difficiles. 8H00. Réveil compliqué après des nuits très courtes (heure d’endormissement moyen de 4 heures du matin environ), sacs, bien remplis depuis la veille, petit déjeuner comme dans les films comiques (gros fou rire de Choupie et Félix devant les roulades froides de poulet au gras et les blinis fourrés au fromage aigre... pendant que Chris envoie des emails à Aline pour le site tour du monde), sortie de la ville en passant par le seul magasin qui vend des piles pour token de banque internet (indispensable au voyageur au long court). 9H30. Enfin, notre première route en Sibérie. Superbe, bien que qualifiée d’aucun intérêt particulier par notre guide Leonid, avec ses bouleaux d’automne, ses bras d’Angara qui invitent à la pêche promenade. Listvianka. Magie du quai de port sous la lumière d’automne sibérienne. C’est l’endroit le plus touristique du lac. En effet, 5 ou 6 babouchkas étalent leurs babioles pseudo-locales sur des tréteaux. On est encore loin de St Tropez. Nous trouvons quand même des Nuts et des cacahuètes.

C’est long, à quai, deux heures, à attendre Leonid, parti chercher Alona, la cuisinière et déposer son Landcruser Toyota à… Irkoutsk. Les départs sont toujours difficiles. 12H00. Enfin, Sergueï, notre jeune capitaine, (« c’est plus rassurant un vieux » Julia), fait larguer les amarres à Nicolaï et Alexeï, notre équipage. Notre bateau russe s’appelle le Grom. On gardera la tête de Choupie évaluant le confort tout sibérien des cabines du bateau. La mini-taille des draps, propres, ne la rassurera pas. Il y a quand même une douche avec eau chaude et des toilettes. Tout le confort moderne. Chris pense « nous pleurons en le voyant, nous pleurerons peut-être en le quittant ». Navigation agréable, plein nord, avec petit vent de 5 à 10 nœuds de nord-est. Paysage agréable et sans construction, déjeuner russe du bord. Nous sommes impitoyables. Mais pas de quoi remplir une journée qui s’étire en longueur. EAD. Soleil. Fraîcheur. Une journée molle, surtout avec aussi peu de sommeil et autant de décalage horaire qui pèsent.

Heureusement il y a la magie du bateau, du lac Baïkal et de la nature. 21H00. Arrivée tardive sur une petite plage de gravier fin. Ils vont jeter l’ancre près du bord pour cause de profondeurs abyssales ici (1640 mètres au plus profond, des centaines de mètres encore tout près de la côte)… et non, nous nous rapprochons toujours, très lentement, jusqu’à « beacher » avec douceur le Grom, 25 mètres, dans le gravier de Babouchka baie. Magnifique fin de journée. Juste le temps de débarquer et de profiter de la plage. Les filles restent à bord. Leonid et Alona partent faire un feu de nuit. Ciel extraordinaire avec la voie lactée marquée au dessus de nos têtes et étoiles filantes garanties. Nous serons obligés de repartir dans un moment, trop secoués par les vagues d’un orage lointain. Ensuite, histoires de marins : larguer les amarres à terre de nuit, passer un petit cap, chercher un quai au ralenti et sans spot dans la nuit, manœuvre d’accostage sur « mer » d’huile, sourires de marins qui ont préservé le bateau. Pas besoin de parler la même langue pour se comprendre. Contact établi. Demain l’ambiance ne sera pas la même à bord. Bons marins. Choupie peut se rendormir tranquille. Les enfants dorment depuis un moment. Première Magie du lac Baïkal.

En hausse : le lac, le Grom, la caméra vidéo, le Leica, les bonnets, les doudounes et les parkas.

En baisse : l’agitation, le rythme

La phrase du jour : « en fait c’est une mer » Garance.

J008 vendredi 14 septembre 2012  Lac Baïkal : Babouchka baie – Sandy Baie  GMT+8  soleil

Grâce matinale du Baïkal. Vagues douces d’eau douce. Il y a de la mer Méditerranée dans ce lac. Un peu moins de confort, c’est le prix à payer pour cette liberté. Première excursion du tdm, 250 plus haut, à travers les épicéas de la taïga. Discussion père-fils sur l’anglais et les langues latines, la construction empirique et l’architecture sur plan, le droit séculier et le droit romain, le bottom up et le top down… et leurs caractéristiques respectives. Elle est loin derrière, l’Ecole. Ceux qui en parlent le mieux, ce sont les acteurs, en phrases toutes fraîches du jour.

G : on dirait la mer. J : c’est dingue qu’on ne voit pas l’autre côté. F : ça c’est clair que c’est plus grand que la baie de St Cyr. F : Waouh ! Là, je suis en mode sensations fortes. G : Je trouve qu’on ne devrait pas changer la Russie. F : fais un sourire (pour la photo). G : j’aimerais bien qu’on puisse photographier avec les yeux, c’est beaucoup plus beau, on voit tous les détails. G : ça ne me dérangerait pas de vivre ici tellement c’est beau. Ça doit être bien d’être né ici. Choup : ma parole, la seule chose qu’on ne verra pas, c’est des ours, comme au Canada ! Chris : les cormorans on ne les aime pas, chez nous, mais ils sont protégés; Leonid : ici on ne les aime pas non plus, ils ne sont pas protégés, mais il n’y a personne pour les chasser. G : on y va ? on est tellement bien ! Chris : le confort sibérien, on a chaud et il y a à manger. Chris : seuls ! F : il y a un chemin là ! Chris : seuls sans même l’idée qu’on pourrait croiser quelqu’un. Le vrai luxe c’est d’être seuls, ici. F : c’est magnifique ce qu’a fait Julia (une petite fresque au charbon sur galets qui représente tout notre voyage depuis le début) c’est encore plus beau quand elle est à l’œuvre. J : comme ça c’est habité (la plage et c’est vrai que c’est habité maintenant). F : c’est beau ce qu’elle a fait, c’est dingue les idées qu’elle a. Chris : l’air est pur ici. F : ça ne sera pas pareil à Tokyo. Chris : il faudra revenir. F : on est vendredi ou jeudi ? Nicolaï : Medvedj ! Medvedj ! (Ours ! Ours ! même pas vrai, juste pour nous préserver des éventuels chiens). F : ici ils sont plus en mode survie qu’en mode luxe… Choup : ça fait du bien cette petite baignade (eau à 12°). F : on est bien sur le Lac Baïkal. Chris : je ne pensais pas, un 15 septembre au Lac Baïkal, prendre un bain de soleil après m’être baigné.

Mais toutes les belles histoires ont une fin et la liberté un prix. 15 à 20 nœuds de vent du nord, creux de 1 mètre à 1,5 mètres, à remonter de nuit pendant 15 heures. Tête inoubliable de Choupie qui n’a jamais été malade sur un bateau, sa première, c’est aujourd’hui. Garance et Félix sont blancs. Arrivée demain matin… Julia et Chris, les voileux de la famille, en forme, essaient de faire garder espoir aux autres. Dîner un peu compliqué. Soirée sauvée par « la mer » qui baisse et un film russe loufoque qui fait rire tout le monde, même en VO non sous-titrée (ce n’est pas le genre de film à grand avenir à l’export… quoique). Les vagues ont bien baissé, le bateau ne bouge presque plus. Tout le monde va pouvoir dormir. La tempête accélère le rattrapage du décalage horaire.

En hausse : le carnet d’anglais familial de Félix, les œuvres de plages, les petits bricolages artistiques de Julia, la collection de sables, les chaussures de marche, l’amitié franco-russe, la cuisine russe, le papier tue-mouches, le « L » majuscule à Lac Baïkal

En baisse : les blocages de citadins bruxellois, les problèmes de poids

La phrase du jour : « c’est vrai que, quand tu regardes, on fait pas mal de choses ». Félix.

J009 samedi 15 septembre 2012  Lac Baïkal : île Ogoye, île Olkhone   GMT+8  soleil

Fin de nuit paisible sur Lac calme. Amarrage à quai, dans un village bouriate, pour faire une soudure sur le mât avant qui sert à manœuvrer la passerelle. « Une pièce d’usure qu’il faut changer souvent », selon Leonid. De quoi faire trembler Gilbert pour le Grand Bank (private joke familial). 6H00. Nous avons vu le quai et les lumières glauques du village, pas le soudeur, nous dormions tous, même pendant la grosse soudure noire du mât à trois mètres de nous. Belle et invisible fatigue tout de même. Le Grom sonne le réveil en beachant à 9H00 sur la superbe et désertique île Ogoye. En haut du morne, un stupa blanc simple et beau, la construction bouddhiste la plus au nord au monde. Ogoye, île spirituelle. « Ce qu’il y a de bien dans ces endroits, c’est que j’arrive à penser à rien. C’est pour ça que je reste longtemps » Julia. Pour que notre visite fut parfaite, il eut fallu qu’il fit beau, très beau, avec à peine un peu d’air pour apporter de la vie et emporter vers les dieux et les ancêtres les vœux confiés aux bandelettes de tissus multicolores. Il eut fallu que nous fussions seuls, la mer parfaitement calme, que chacun trouvât son espace de méditation et de rêve, que nous construisions un petit totem marquant notre passage, que l’atmosphère fût empreinte de douceur et de spiritualité non invasive. Il eut fallu encore avoir la chance d’un ciel et d’un Lac parfaitement bleus que rien ne vint troubler, que Choupie fît des vœux, que Julia rêva et dessina, que Félix explora, que Garance pensa, que Chris médita. Et enfin, pour une île parfaite, il eut fallu se baigner. Ce que nous fîmes. On ne peut pas décrire Ogoye, la Délos vivante du Lac Baïkal, un jour comme aujourd’hui. « J’aimerais que toute la terre soit sereine comme ça » Garance. Il eut fallu y être. Aujourd’hui.

Petite traversée jusqu’à ce qui est considéré, par les routards les plus pointus, LonelyPlanet au poing en guise de Coran, comme la Mecque actuelle de la Sibérie, l’île d’Olkhone. A l’approche « il y a une ville énorme ! (Khoujir, seul village de l’île, quelques centaines d’habitants) » Félix. La visite s’effectue en UAZ, petit camion russe 4X4 qui date des soviets et passera directement de véhicule du quotidien russe à objet de culte. « Il nous en faudrait un comme ça à Bandol. » Petit message à Eric et Laure Juramy qui se marient aujourd’hui, à Antibes, France, seule raison valable pour allumer son mobile et « profiter » du réseau. Une île dont toutes les routes, même « en ville », sont de la piste de sable, parfois très ravinée ou à ornières énormes et dont le village, Khoujir, ressemble à un décor de western de Clint Eastwood, a tout pour figurer en prime dans le Lonely Planet et le Routard . « C’est génial ici, c’est le Far West. C’est vraiment ça » Félix (pour l’ambiance, oui, pour la géo, on est plutôt au Far East…). C’est effectivement à l’écart, mais partiellement estompées par la présence de « gens » comme ces motards en quête de sensations sablonneuses. « Tu as fait ça papa ? ». « Oui, un tout petit peu ». « Tu as tout fait ! C’est drôle d’avoir un papa qui a tout fait ». « Je suis loin d’avoir tout fait ma chérie… » « Ça pue là non ? Oui, c’est moi qui ai pété… Ho quand même ! Si on ne peut plus péter au fin fond de la Sibérie… Ça c’est un peu vrai… » Anonyme. Quelques vues très spectaculaires, au nord de l’île, autour des falaises du cap Khoboï et totem couvert de bandelettes multicolores sur le bleu du Lac… Force et harmonie.

Une énergie particulière émane d’Olkhone, un des cinq lieux de l’énergie chamane Bouriate. Nous n’avons fait que la survoler, elle n’était que sur notre route, nous la laissons découvrir à d’autres. Le clou de la visite sera pour nous un consommé de légumes clair à l’Omul, emblématique et délicieux poisson endémique du Lac, préparé sur un feu de bois derrière notre UAZ, par le chauffeur-cuisinier. Accompagné d’un thé à la Lucky Luke, un moment de quotidien marquant pour nous tous. Descente à travers bois vers le Grom, qui ressemble de plus en plus au bateau du capitaine Haddock, pour une nouvelle nuit de traversée, calme cette fois et toujours sous les étoiles filantes du Lac Baïkal.

En hausse : le spirituel, les discussions concernant la mort, le rire, le Leica

En baisse : l’EAD, le décalage horaire, la fatigue

La phrase du jour : « qu’on est bien là ! » Choupie. « C’est mieux que d’aller à l’école, maintenant je réalise ce que c’est le tour du monde ». Garance, radieuse dans l’UAZ.

 

J010 dimanche 16 septembre 2012   Lac Baïkal : les Nerpas, les bains d’eau chaude   GMT+8  soleil

Selon la technique super Léo, le surnom familial de Leonid, il faut une super attraction le matin, une super attraction l’après-midi, et du parfait pour assurer la liaison. C’est le programme du jour. Bolchoï (grand) spasiba Leonid.

Matinée chez les Nerpas, petits phoques endémiques du Lac et seuls d’eau douce au monde. Il faut examiner en détail le Riva « Super Baïkal » 100% aluminium, 100% russe, 100% fithty’s, du Ranger. Parfait, sûr, pratique, indestructible, léger, il y a de la 2 chevaux Citroën, du Eiffel, du Prouvé et de l’ingénieur soviétique dans cette superbe embarcation. (Renseignements pris, c’est un ZX120 ou matricule du genre, construit à 1200 exemplaires seulement, dont il ne reste que quelques exemplaires et devenu le must have de toute la Russie. Chris a un bon coup d’œil pour les bateaux et la tôle pliée, surtout en aluminium). Magnifiques petites îles Ouchkany, au quasi milieu géographique du Lac, élues par les Nerpas pour leur microclimat tempéré (pour la Sibérie) et couvertes d’un épais tapis de végétation. Approches par la terre, à l’indienne ou camouflés, festival de Nerpas, gras pour l’hiver, auquel répond un festival de phrases du jour de Félix et Garance. « C’est exceptionnel, on les regarde et dirait qu’on est invité dans la famille d’un copain » Félix. « C’est ça qu’il y a de bien avec le tour du monde, c’est comme à la télé, mais en beaucoup mieux » Garance. Enthousiasme et optimisme général. Combien vaut une journée comme celle-là, baignée de soleil, pour le bien-être, la construction personnelle et la confiance dans la vie, les hommes et la nature, des enfants? Sourires avant, pendant, après. Le Plus que Parfait, mais pas celui de l’Ecole.

Superbe traversée, Baïkal plat, paysages, soleil, chaleur, sieste. Au milieu du golfe Bargouzinski, nous beachons, mais ce n’est déjà presque plus un événement, au fond de la très jolie Zmeinaïa baie, entre deux sources naturelles chaudes. Après-midi aux bains. Le trop chaud, que nous laissons aux équipiers Alexy et Nicolaï ! Et plongeons du parfaitement chaud, dans la fraicheur du Lac à deux mètres et vice-versa. On se baigne tous les jours sur le Baïkal. Tous les passagers et équipiers du Grom apprécient, Choupie comble son retard de débranchement sur le reste de la famille. Loin, loin, très loin. Bon, bon, très bon. Un bateau intrus saugrenu arrive. Quoi, nous ne sommes pas seuls sur le Lac ? L’équipe de pêcheurs russes prend un bain pour donner le change, mais ils sont en réalité venus se recharger en vodka auprès du Grom, qui les sauve. C’était une urgence selon leur capitaine. Solidarité des marins.

Autre spot tout proche, superbe et sauvage, pour la nuit. Coucher de soleil derrière les montagnes de l’autre rive. Longeant toute la petite plage de sable, à 50 centimètres de l’eau, passant entre l’étrave et la passerelle descendue à terre, des traces d’ours toutes fraiches. Etoiles. Nos amis Russes parlent tard et doux autour d’un beau feu sur le rivage. Vive le Baïkal.

En hausse : le Baïkal, la vidéo, le moral, les liens familiaux, Choupie, le transit intestinal, les salades et soupes d’Alona

En baisse : l’EAD (dimanche), Bruxelles, le golf

La phrase du jour : « C’est exactement comme ça que je voyais le tour du monde » Félix. « Moi, je voyais ça en moins bien, mais je m’étais trompée. On devrait faire ça plus souvent, des activités exceptionnelles » Garance.

 

J011 lundi 17 septembre 2012    Lac Baïkal : le Baïkal se défend    GMT+8    nuages, vent, lumières

Aujourd’hui, nous retraversons le Lac, ce qui n’est jamais anodin. Plusieurs heures exposés dans une météo qui change aussi vite qu’au Cap Horn, un cousin. Fort vent de nord prévu pour bientôt, il faut traverser pour être à l’abri. Un vent peu engageant nous permet de faire avancer l’école avant de lever la passerelle. Sortie de la l’immense golf Bargouzinski abrité par sa presqu’île, vent arrière, favorable pour la première fois depuis que nous sommes partis, avec de face une houle résiduelle étonnante. Echanges avec Leonid : «  in Irkutsk we have only two weeks very cold, in January, by minus 30°C, minus 34°C. The rest of time it is OK ? What is OK in Irkutsk ? Minus 20°, minus 24° is OK, children don’t go to school by minus 40°. Minus 40° is very cold, you throw a casserole of water and it is frozen before water touch the ground”. Rapidement, le Lac se lève, creux de 1,5 à 2 mètres soutenus par 20 à 25 nœuds de vent, de travers, obligeant le Grom à fond plat à se mettre face à la lame. Nous remontons au vent, cap sud est, direction presqu’opposée à notre destination, mais seule possible par ce temps pour le bon Grom. Longue attente bien remués, pour nous mettre à l’abri des îles Ouchkany. Retour au pays des nerpas. Un peu de détente à l’ancre. Lors de la manœuvre de départ, avarie de gouvernail. Impossible de le décoincer depuis le bateau, il faut se mettre à l’eau froide. Alexy, en maillot, fait une première tentative, sans succès. Le show Captain Sergueï commence. Il faut aller attacher un câble directement sur le safran, sous la coque, en apnée, sans combinaison de plongée, ni masque, ni gants. Ici, on a juste le minimum vital, la variable d’ajustement, c’est l’homme. Pour lutter contre le froid, il reste en survêtement et se momifie dans des sacs poubelle bleu scotchés à la va vite. Sa seule véritable arme, être né ici. Il descend rapidement dans l’eau, accélère sa respiration sur deux ou trois inspirations, pas plus et disparaît avec son câble à la main. Il faut plusieurs allers-retours sous la coque pour fixer le câble au safran. Quand Sergueï ressort de l’eau, il ne lui vient même pas à l’idée de se sécher ou de changer de vêtements. Il attaque directement la phase suivante : tirer sur le câble avec un palan. Ça dure un bon moment. Sans succès. Démontages de plancher dans le carré, descentes en fond de cale, coups de marteau sibérien (une bonne massette avec comme manche une barre de métal de 70 centimètres de long et 7 centimètres de diamètre), nouvelles tractions sur le palan en essayant des angles différents, discussions, ambiance bien connue de tous ceux qui ont fait du bateau… Le capitaine est partout, plaisantant, sourire imperturbable aux lèvres. Les Sibériens en ont vu d’autres. « Ça va aller Leonid ? Oui, bien sûr, pourquoi ? ». Notre petit arrêt se prolonge. Les questions s’acculent. « Pourquoi ne pas rester tranquilles à l’abri à l’ancre ? » Choupie. Mais, comme prévu, à la fin, tout s’arrange et nous voilà repartis, avec une meilleure connaissance des entrailles du bateau. Il est 20H, nous avons quitté la plage vers 10H ce matin. Reste une traversée, mer de travers, de 5 à 7 heures, plutôt 7 ou 8 donc…

Nouvelle traversée. Nouvelles difficultés. Mer haute et arrière, dans un noir d’encre (pas de ciel ce soir) qui secoue le bateau en projetant son cul en travers. Nous décidons de regarder une course de chien de traineau à la vidéo du bord. Le dîner valse avec une nouvelle avarie de gouvernail. Les mangeurs de patates, le plat local, (elles sont toujours bonnes), sont peu nombreux. Le Grom à fond plat sans gouvernail est maintenant en travers d’une mer bien formée, avec juste les commandes moteur pour essayer d’alléger le tangage noir. Certains rigolent, d’autres se concentrent sur leur estomac. Heureusement, ça ne dure pas, juste un câble qui avait sauté. Nous tenons la table et ce que nous pouvons pour ce qui est posé dessus, Alona le chauffe eau, la cuisine est déjà en vrac par terre, Alexy et Nicolaï se relayent dans la cave. Sergueï est à la barre, comme toujours dès qu’il y a de l’ambiance… le Grom repart. Choupie et Garance n’ont pas très envie d’aller se coucher. Nous regardons un deuxième film, choisi sur jaquette (un pistolet et des euros), une histoire d’espionnage psychologico-romantique, en russe. Ça finit par suffire aux filles et la baston a baissé. Il ne faut pas longtemps pour que tout le monde dorme. Le Grom est resté debout. Journée de « transition », journée bien remplie tout de même. Sacré Baïkal. Sacrés Sibériens.

En hausse : le Baïkal sous toutes ses formes, Captain Sergueï, les lumières Baïkalesques sous nuage

En baisse : le Grom qui montre quelques limites, l’appétit, les phrases du jour enthousiastes

La Phrase du jour : « Russian Extreme » Captain Sergueï sourire et cigarette aux lèvres une fois sec

J012 mardi 18 septembre 2012   Lac Baïkal : 4 journées en 1    GMT+8   nuages, soleil, vent, lumières

Une petite île de 100 mètres de long, couverte de goélands, qui protège un quai en vieux béton soviétique construit pour une mine désaffectée d’un minerai dont le pouvoir central avait besoin au temps lointain de la guerre froide. Déjà tout un programme. Une izba en bois multicolore délavé. Une belle construction à étage en rondins massifs et chanvre pour les joints, visitée uniquement par les chiens et les oiseaux faute de subsides pour la terminer. Un fumoir graissé au poisson du Lac et dans lequel pendent encore quelques malchanceux. Une guest house référencée dans aucun guide, atteignable l’hiver uniquement en voiture par le dangereux Lac gelé, les deux femmes « en charge » nous répondent bonjour de la main. Un bateau ressemblant au nôtre qui a ici son anneau à l’année et qui nous sert d’atelier de réparation, habité par la tante de Captain Sergueï, (les rives du Lac sont en fait une grande famille, qui se passe les vivres et les nouvelles). Des chiens de traîneau accueillants et disciplinés qui ne mangent que les bouts de biscuit qui leur sont destinés. Un bateau de pêcheurs russes en robes de chambre qui s’essaient à la plongée sous-marine et nous régalent de deux brochets énormes. Bolchoï spaziba. Un bon vieux camion-grue rouillé au sol. De solides pièces de métal plantées dans les galets. Un point de vue « Riviera tout va bien» désuet en bois. Des galets palette de gris doux pour pellicule noir et blanc à grain fin. Voilà Zavorotskaïa… étape-atelier non programmée où nous aurions pu rester plusieurs jours, mais le Grom, comme prévu est réparé. Nous avons pris du sable de fins galets gris à Zavorotskaïa. Ici on a le droit et le temps de rester simplement sensible. Première journée.

Avant de repartir, petite excursion au bout du cap en zodiac 2,5 chevaux Mercury. Paysages, petit cap de galets à l’écart, photos, pêche d’une petite brème que nous essayons vainement de réanimer pour la relâcher, gros tronc de bois pour percussions africaines. Plus qu’il n’en faut pour remplir une journée « normale ».

Magnifique navigation douce, petite brise dans le dos, lumières changeantes dans l’air léger du Baïkal quand il a décidé d’être accueillant. Vol de canards pressés. Nouvelle bascule du vent, qui passe, comme prévu, au nord ouest, le vent dominant. Le Grom gîte et avance son train sibérien, autour de 5 nœuds, pas plus, mais à quoi nous servirait plus ? Vent vif et froid qui tombe des montagnes très au dessus de nous. Bleu du Baïkal. Tout ça pourrait aussi faire la journée, mais c’est sans compter sur l’arrivée chez Petrovic. Patron sans partage de son bout de quai du bout du monde.  « Pas le bateau de ce côté, de l’autre, pas cette amarre-là, celle-ci… » Il se fait comprendre et obéir Petrovic, sous le regard approbateur de ses deux chiens venus aux nouvelles et vague de son acolyte à bonnet. Un coin pour livre d’aventure. Petrovic n’a pas de bail, pas de loyer, à la limite des territoires russes et bouriates, mais il a un droit, il est ici chez lui et il n’y a personne pour le lui contester. « Il faut être dingue pour vivre ici ! » Julia. Pourtant c’est cosy, avec une izba bien pourvue en bois pour l’hiver, des toilettes extérieures sous tipi en planches, des poissons séchés à profusion et même une bania et deux izbas pour les touristes. « Il a une parabole ! » (c’est vrai) Félix. Plage grise de fins galets, petit cap, trois rivières qui se jettent dans le Lac, chacun a envie de se retrouver seul pour marcher dans le vent de nord ouest. Les galets établissent un lien magique avec Nice. Petite anse à l’abri du vent dominant, cours d’eau, endroit poissonneux, magnifique vue sur les montagnes de la côte ouest en face : Petrovic n’a pas choisi son coin au hasard. Il manque juste de café et de sucre depuis un mois. Enorme ambiance. « C’est beau » Garance sourire pur. Une soirée au coin de la vidéo du bord à discuter avec les potes en regardant Brad Pit et Angelina Joly accompagnés d’un bon thé sucré chaud, ça vous remet son Petrovic. La vodka, Petro n’en manque jamais et pour le dîner, il préfère son poisson fumé habituel à la cuisine, pourtant bonne, d’Alona. On ne se refait pas…. Troisième journée.

Débute alors la quatrième journée. La bania, chauffée depuis deux heures au bois de bouleau sec. Le lieu, les matériaux, la simplicité, les trois pièces, pour se changer, se laver se fouetter s’asperger se relaver se raser, se cuire, sont indescriptibles. Ici, au milieu du Baïkal, l’ambiance familiale, une moitié en maillot de bain, l’autre moitié nue, en pleine découverte d’un des liens forts qui unissent tous les Russes entre eux, est très rieuse et enthousiaste. Nous sortons « S Legkim Parom », littéralement « vapeur légère », soit, pour les Russes, à la fois légèreté, bien être profond, chaleur intérieur, souhait de bonne santé… tout un univers de bonté et d’humanité qui prend son temps et en connaît la valeur. Loin de chez nous, très loin… C’était notre quatrième et dernière journée du jour. L’équipage profite aussi de la bania. Sommeil léger et doux pour tous.

En hausse : l’énergie du groupe, les Sibériens, le double opportunisme stomacale (météo et culinaire), le bon poisson fumé de Petrovic (dire que nous pensions, depuis le transsib, que le poisson fumé de lac n’était pas extraordinaire, quelle erreur !), le tarot, les « snap-vidéos » de 4 secondes pour capter les ambiances

En baisse : la température, la durée des traversées, les tongs, le stock de Nuts (épuisé)

La Phrase du jour : « ça fait quinze jours qu’on est parti (12 exactement) et on a vu plus de choses que dans toute une année complète normale » Félix. « Aujourd’hui on n’a pas eu de phrase du jour » Garance.

J013 Mercredi 19 septembre 2012   Lac Baïkal : chez Petrovic   GMT+8   soleil, nuages, vent, pluie

Ecole dynamique. Plage familiale en meute de chiens de traineau. Pêche amateur à « l’embouchure » d’une des rivières de Petrovic. Bania bis, sans Julia, autre ambiance. « C’est génial ici. On est vraiment loin de tout » Félix. Dîner de poissons sauvages ayant voyagé entre 20 et 30 mètres entre l’eau et la poêle. Grand feu propice aux échanges entre forêt et plage. Pluie froide qui sent sa neige prochaine. Nuit qui montre les limites de dormir beaché, lorsque les câbles craquent et que la coque racle sur les gros galets toute la nuit pour maintenir le Grom perpendiculaire à la plage dans le vent et le clapot. Une journée chez Petrovic. Poutine est passé là avant nous, la Russie a besoin d’un leader fort.

En hausse : Alexy et Nicolaï, la compréhension du réseau des rives du Lac, les échanges avec Leo et Aluna, Vladimir Poutine, la collection de sables avec 3 sables de galets différents de chez Petrovic

En baisse : les bains de Lac, le bleu du Lac

La phrase du jour : « d’après moi, Petrovic, ça fait plusieurs années qu’il n’a pas rigolé » Félix 

J014 Jeudi 20 septembre 2012   La nostalgie slave s’empare de nous  GMT+8    soleil, Lac d’huile, fraicheur

Encore une journée magnifique délivrée par le Baïkal et nos amis Russes. Navigation matinale sur Lac tranquille. Pluie froide d’hier soir transformée en grand ciel et Baïkal bleu Méditerranée et en première neige sur les sommets qui nous entourent à plus de 2000 mètres. « Comme toujours », zéro voiture (pas de route), zéro bruit, zéro habitation, dans la torpeur des vibrations sourdes du gros moteur diesel qui mène notre vieux Grom à très petite « vitesse » (5,5 nœuds = 10 km/h) ; la bonne vitesse pour le Baïkal. « C’est ce que j’ai mis dans mon journal de bord, on avance doucement, mais on avance » Garance. Les marins et la capitaine se relayent à la barre, sans pilote automatique. Il n’y a rien d’automatique sur ce grand Lac changeant et dans ce climat extrême. Nous ne nous cognons plus la tête ou les coudes au Grom, signe que nous lui appartenons maintenant beaucoup plus qu’au début de cette aventure.

Arrêt à l’embouchure d’un torrent puissant, Kurkula. Encore un endroit superbe. « Elle est belle cette feuille » Félix montrant sa feuille parfaite de bouleau. L’eau d’ici tombe des montagnes, vraiment froide, même Félix, très motivé par les aventures et le Guinness book familial, n’arrive pas à se jeter dedans. « On est bien ici, on est seul » Félix (nous sommes toujours seuls). Plus loin : « He ! il y a un mec qu’on ne connaît pas là ! ». Des photographes amateurs passionnés qui voyagent en catamaran gonflable et tente pour prendre des photos argentiques uniquement. Une rencontre acceptable… Nouvelle navigation, variété des paysages majestueux et pourtant accueillants, nouvelles sensations. « Si tu t’installes ici, tout le monde croit que tu es mort ! » Julia. Second arrêt du jour, à Kotelnikovsky, sorte de resort sibérien à deux piscines extérieures de sources chaudes. Leo, désolé de proposer un spot non désert, une défaite pour lui, part en reconnaissance. « Je vous souhaite bien du plaisir ! Je ne sais pas comment vous faites pour aller là ! » Julia dégoûtée qui reste à Grom. Nous visitons sans consommer. On se croirait dans une photo des années 50’ montrant les camps de vacances communistes sur la mer Noire, en moderne et très peu fréquenté. Aujourd’hui, par quelques membres de l’administration de Severobaïkalsk seulement. Le très gros à petit maillot Arena Olympique doit être leur chef. Puis nouvelle belle traversée du Baïkal pour aller rive est. Couchés de soleil sur lac plat au milieu des nuages, froid vif, très vif même, nous avons changé de saison la veille de l’automne. Une tête de Nerpa nous observe de loin. Arrivée dans les derniers lumières à Amundakan. Pour se remettre du froid, l’équipage et les parents vont prendre les eaux aux sources chaudes, par ciel pur de nuit noire étoilée, à la rencontre d’une bande de mamys et pays russes rigolards. Premier croissant de lune. Nous nous endormons. Le groupe électrogène se met en route : rien n’est parfait, même sur le Baïkal, mais nous n’en sommes pas loin.

La journée d’aujourd’hui a marqué la bascule vers la fin de cette aventure. Nous commençons à deviner le bout du Lac. Liberté sans quotidien. Modestie, simplicité, prévenance de gens habitués à une vie rude, à une nature qui les dépasse encore. « Je comprends qu’on puisse passer sa vie ici » Julia. Il est beau le Baïkal, dont on ne connaissait que le nom, noir et lisse ce soir. Il a fait son œuvre purificatrice à force de virginité. Nous buvons son eau claire, puisée simplement depuis le pont ou le rivage, depuis des jours maintenant. Il donne le meilleur de lui-même. Grâce à lui, nous aurons un peu mieux compris nos amis Sibériens dont nous sentons si proches. Nous avons tous conscience de vivre un moment unique au moment même où nous le vivons. Comment conserver cela vivant en nous ? Chacun est dans sa petite méditation qui participe à la construction des personnalités. En revenant ?

Nous ne sommes plus qu’à 3 ou 4 heures de navigation de Severobaïkalsk, lieu de notre débarquement du Grom. La réparation maison de Sergueï, mécano avant d’être devenu capitaine, a tenu. Ça n’aurait pas pu être mieux. Merci Leonid et Aluna. Merci Captain Sergueï, Nicolaï et Alexy. Merci Baïkal.

Partis depuis 2 semaines.

En hausse : la nostalgie slave, l’harmonie familiale, le bronzage (et oui !), les sources chaudes « naturelles »

En baisse : les bains dans le Baïkal, les sources chaudes « domestiquées »

La phrase du jour : « c’est dingue tous les trucs géniaux qui se passent en Russie et que personne connaît » Félix.

J015 Vendredi 21 septembre 2012   Dernier jour    GMT+8   grand bleu

Réveil de plus en plus matinal. Pont, table, divan gelés. Ciel grand bleu. Nouveau tour aux sources, en famille. Sur le chemin, flèches avec distance des grandes villes, Tomsk, Novossibirsk, Taïchet… dessins d’enfants, écureuils. De jour on comprend mieux les bains. Exploration de tous les bassins, y compris les chauds, non mixtes, à l’intérieur des vestiaires. Ambiance bois marron russe, chaleur et vapeur garanties. Les Russes, en habitués au partage, toujours aussi simples, directs, accueillants et conviviaux. Le problème c’est que ce sont les gens des capitales qui font la politique. L’autre problème c’est que ce sont les Français de Paris qui nous montrent les Russes de Moscou. Les gens d’ici sont très loin de Moscou. Nous sommes très loin de Paris. Cela nous rapproche encore. Nous sommes un peu chez nous, ici. Merci aux Russes, si proches, d’avoir conquis la Sibérie jusqu’au Pacifique pour nous.

Reste de la journée dans une crique, à l’entrée bâbord d’Ayaya Baie, devant un petit refuge mal tenu mais qui peut servir à celui qui est en difficulté. Nous alimentons son stock de secours en lait et sel qui viennent rejoindre les deux sacs de pommes de terre et les réserves de sucre laissés par d’autres passagers du Baïkal avant nous. Barbecue, le rêve de Félix depuis plusieurs jours. Radeaux mis au Lac par les enfants.

C’est le moment du retour. Dernière traversée du Baïkal qui nous montre une dernière fois son calme et sa puissance amicale. Signe qui ne trompe pas, il y a du réseau mobile, tout l’équipage est en communication. Nous les dominant. Dernière attention, pour diminuer le grincement de la coque du Grom, Leo va mettre un peu d’huile sur les gros pneus du quai. Echanges de vidéos. Celle qui a le plus de succès auprès de l’équipage est celle de Sergueï dans l’eau en sacs poubelle. Echanges de mots d’hommes qui ont vécu une petite tranche de vie en se comprenant et qui savent qu’ils ont peu de chances de se revoir un jour. A Bruxelles, peut-être, Leonid a de la famille à Louvain ?

Les dieux du Baïkal étaient avec nous.

En hausse : la sérénité

En baisse : le temps qu’il nous reste à vivre ensemble avec l’équipage

La phrase du jour : « merci amis » « you are good people » les Français aux Russes, les Russes aux Français